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Entrevue avec Marylise Potier

Neuropsychologue
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A propos de cette entrevue

Mon amie Marylise Potier est mon invitée du mois de novembre ! Marylise est neuropsychologue et j’avais très envie qu’elle réponde à mes questions et que les gens découvrent un peu plus ce métier.

On a beau se voir régulièrement, on a toujours à apprendre de ses proches et les découvrir aussi différemment.

J’admire son métier et ce qu’elle fait pour aider les patients.

La séance photo s’est déroulée à son cabinet et dans les rues du centre ville de Besançon.

Je vous laisse découvrir une femme formidable.

Portraits réalisés le 21 octobre 2021.

Pourrais-tu te présenter ? Quel métier exerces-tu ?

Je suis psychologue spécialisée en neuropsychologie et j’exerce en cabinet libéral à Besançon. J’accueille des enfants, des adolescents et des adultes qui rencontrent des difficultés dans leur quotidien et qui s’interrogent sur leur mode de fonctionnement. Je peux leur proposer des bilans afin de mettre en avant leurs points forts et de cerner leur difficulté (troubles du neurodéveloppement, difficultés d’apprentissage chez les enfants, difficultés comportementales, difficultés relationnelles chez les adolescents et adultes par exemple) afin de les accompagner ensuite.

Peux-tu nous présenter ton parcours professionnel ?

Après le bac, j’ai réalisé 5 années d’études pour obtenir un Master 2 à l’université de Strasbourg. Nous avions, durant ce laps de temps, la possibilité de réaliser des stages pour découvrir ce qu’était notre futur métier. J’ai pu notamment travailler, dans le cadre de mon Master 2, au CNRS de Lyon-Bron, avec des personnes adultes atteintes de troubles psychiatriques (schizophrénie notamment) afin de les aider à améliorer leur qualité de vie par le biais de séances de remédiation. Cela vise, par exemple, à identifier, avec la personne, des objectifs de travail, afin de minimiser les difficultés de mémoire ou d’attention dont ces dernières souffraient quotidiennement. Une fois diplômée, j’ai travaillé dans différentes structures pour adultes. Je me suis ensuite formée pour exercer auprès d’enfants au développement atypique (enfant Haut Potentiel Intellectuel, enfant porteur d’un trouble du Spectre Autistique, Suspiscion de troubles du neurodéveloppement).

Ce qui m 'inspire profondément c'est la manière dont les personnes peuvent s'ouvrir à l'autre dans leur force et leur faille.

As-tu toujours voulu faire ce métier ?

J’ai découvert ce métier en avançant au sein de mon parcours, lorsque j’ai commencé à aller à la faculté. J’ai su que c’est ce que je souhaitais faire rapidement oui.

Que préfères-tu le plus dans ton métier ?

C’est un métier très enrichissant, de par la diversité des situations des personnes que je rencontre, leur personnalité, la manière dont elles appréhendent le monde qui les entoure, leur aspiration aussi. Chaque rencontre est différente, a une “coloration” différente. C’est cela que je trouve le plus extraordinaire dans mon métier.


Quels sont les livres qui t’ont le plus marqué ?

Il y a en beaucoup. Le premier qui me vient à l’esprit c’est “L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau” d’Olivier Sacks. Mais celui qui raisonne le plus dans mon quotidien c’est “Le petit Prince” d’Antoine de Saint Exupéry. Ce livre raconte les aventures d’un petit garçon dont l’avion s’écrase sur une planète inconnue. Il va alors rencontrer différents interlocuteurs. Ce livre aborde avec poésie la richesse du monde intérieur de l’enfant ainsi qu’une réflexion sur les difficultés des rapports aux autres. Il parle également de ce que les enfants perçoivent et comprennent du monde qui les entourent. Et, de ce que les adultes peuvent parfois renvoyer aux enfants dans leur manière de communiquer et de vivre, à savoir un monde étrange fait de règles dont les adultes finissent par ne plus en interroger le sens et l’humanité. Cela amène à réfléchir sur notre place d’adulte dans nos relations aux autres.

Quels sont tes projets en cours ?

J’ai commencé plusieurs formations (EMDR et techniques de soins émotionnels par une approche corporelle) afin de pouvoir accompagner les personnes que je rencontre avec des outils variés. Je pense également poursuivre la réalisation de groupe pour les enfants surdoués : c’est un projet qui me tient à cœur. Recevoir les enfants et leur permettre de s’exprimer, de s’écouter mutuellement et d’aborder des sujets qui les animent ou les questionnent. Je vais également poursuivre le travail que j’ai entrepris auprès des adultes.

Quelles sont tes passions ?

Mon métier me passionne. Echanger avec de nouvelles personnes. Vivre une réelle rencontre avec l’autre. Et puis, contempler la nature et ses petits détails.

Peux-tu me donner des noms de personnes qui t’inspirent ? Et pourquoi ?

Généralement, je ne suis pas inspirée par des personnes particulièrement mais plutôt par la manière dont elles expriment leur parcours et leur individualité. J’aime lire des récits de vie, des témoignages. Ce qui m’inspire profondément c’est la manière dont les personnes peuvent s’ouvrir à l’autre dans leur force et leur faille. Je trouve en cela quelque chose de très beau et touchant.


Dans quel lieu aimes-tu travailler (bureau, café, etc.) ? Et quel type d’organisation adoptes-tu ?

Je travaille généralement dans mon bureau, lorsque je reçois quelqu’un. Mais je prends également du temps pour travailler chez moi pour rédiger des comptes-rendus, faire des recherches ou approfondir un sujet. J’aime bien travailler sur ma table basse, dans mon salon. Cela m’aide à me concentrer. En règle générale, j’aime travailler dans des endroits où on ne travaille pas habituellement (cafés, parc, etc..). Mon organisation est variable : je travaille plus quand les personnes souhaitent me rencontrer davantage et moins quand je le peux. Je ne travaille pas le weekend. C’est souvent une question que l’on me pose régulièrement, mais je tiens à garder des temps libres pour pouvoir me ressourcer moi aussi.

Quels sont les séries et les films qui t’inspirent ?

Une de mes séries préférées est Big Bang Théory. C’est une série humoriste de “geek” qui parle de jeunes physiciens dont l’un est porteur du Syndrome d’Asperger. J’ai beaucoup aimé également la série sur Netflix Atypical que j’ai trouvé très bien faite et porteur d’un message assez chouette sur la capacité des personnes à prendre leur vie en main, dès lors qu’elles sont capables de trouver un but, une motivation qui leur est propre. En ce qui concerne les films, c’est assez difficile car il y en a plein…dans des registres assez différents. Big Fish, un film de Tim Burton, me plait beaucoup également. C’est en quelque sorte une éloge très poétique de la vie.


Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite devenir neuropsy ?

Durant nos études, on nous apprend à faire du lien entre le comportement d’une personne et son fonctionnement cérébral, au travers de la passation et de l’analyse de tests. Nous avons beaucoup de cours et de stages à réaliser pour pouvoir ensuite être autonome dans notre pratique. Je dirais que l’essentiel du métier de neuropsy n’est pas dans l’application d’un protocole strict (bien que cela reste important), l’apprentissage de la passation des tests, mais plutôt dans la compréhension de pourquoi, à ce moment-là, je propose telle ou telle chose à la personne. Quand et comment je vais lui proposer tel ou tel outil, pour savoir là où cette personne en est, dans son cheminement de pensées. Mon conseil serait donc d’apprendre ce qu’il y a à connaitre et de faire confiance à son sens de l’observation pour le reste.

Quel regard portes-tu sur ton parcours ?

Je pense avoir appris beaucoup de choses différentes depuis ces onze dernières années. J’ai eu beaucoup de chance de travailler dans des endroits variés, avec des collègues d’horizons différents, de formations différentes. En fait, je suis très reconnaissante d’avoir pu exercer mon activité, dans des conditions qui m’ont permis de toujours remettre en question ma pratique, ce qui me semblait pertinent et juste, et, ce qui ne l’était pas pour moi, pour pouvoir avancer.

La neuro­psychologie, c’est quoi exactement ?

La neuropsychologie c’est l’étude des relations entre le fonctionnement du cerveau et le fonctionnement psychologique, c’est-à-dire la manière dont on pense, dont on agit et dont on ressent les choses. C’est un domaine qui fait partie de la psychologie et qui vise à comprendre comment la personne fonctionne. Les neuropsychologues réalisent des tests pour comprendre comment l’enfant, l’adolescent ou l’adulte se concentre, pense, réfléchit, mémorise et peut organiser leur pensées et actions.

Tu développes aussi l’EMDR. Pour ceux qui ne connaissent pas. Peux-tu nous expliquer ce que c’est ?

l’ EMDR signifie « Eyes movement desensitisation and reprocessing » c’est-à-dire retraitement et désensibilisation par les mouvements oculaires. Il s’agit d’une technique psychothérapeutique qui vise à aider à « digérer » des événements ou des souvenirs de vie qui ont pu être traumatiques pour une personne. C’est une technique qui aide donc les personnes à envisager, d’une autre manière, des expériences de vie difficiles.

Tu crées des outils pour passer des tests à tes patients. Pourquoi ?

En réalité, les tests sont déjà conçus par des chercheurs avant d’être utilisés par des praticiens. Ils sont normés pour les personnes que j’accueille, c’est-à-dire que les chercheurs ont déjà fait passer ses tests à des patients (enfants, adolescents et adultes) avec ou sans troubles (troubles cognitifs, troubles psychiatriques, troubles neurologiques), afin de définir « une fourchette de normalité ». Cela veut dire que lorsqu’on fait passer les tests à quelqu’un, on s’attend à ce que la personne ait tel ou tel résultats, en fonction de sa tranche d’âge, et ce dans les différentes fonctions cognitives évaluées (attention, mémoire, raisonnement, planification, inhibition, etc…). Je peux effectivement créer des outils, dans le cadre d’un suivi. Cela me sert à travailler plus précisément, en fonction de là où la personne en est, sur son axe de développement (notamment chez les enfants et adolescents). Chez les adultes, c’est encore différent. Je travaille avec ce que la personne m’amène, c’est-à-dire ses plaintes, ses difficultés au sein de sa vie.

Qui peut faire un bilan chez un neuro­psychologue ?

Les bilans neuropsychologiques sont proposés pour des enfants, adolescents ou adultes dans toutes les situations où il s’agit d’examiner le fonctionnement cérébral, intellectuel ou cognitif de la personne. Cela peut être après un accident chez l’adulte ou lorsqu’une maladie affectant le cerveau est présente, comme la sclérose en plaque ou l’épilepsie. Ou encore, lorsque les enfants ont une trajectoire de développement atypique. Pour ma part, je reçois les enfants et adolescents pour évaluer leur fonctionnement intellectuel lorsque les médecins, les enseignants ou les parents ont des questionnements. On peut me solliciter pour une suspicion de déficience intellectuelle comme pour un Haut Potentiel Intellectuel (HPI) ou pour un questionnement sur la présence de troubles neuro­développementaux (Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité, Troubles des apprentissages, les « dys ») ou encore, pour une suspicion de Troubles autistique. Chez l’adulte, je reçois principalement des personnes qui s’interrogent sur la présence d’un Haut Potentiel Intellectuel, de Trait autistique. En revanche, je ne reçois pas de personnes âgées dans le cadre de bilan mémoire.

Tu travailles beaucoup sur l’émotionnel, comment fais-tu pour prendre du recul ?

En réalité, je travaille avec ce que les personnes m’amènent. Parfois, c’est une demande de bilan. Le relationnel est alors très important pour permettre à la personne de se sentir à l’aise afin de mobiliser ses ressources intellectuelles et cognitives. Parfois, il y a une demande concernant la présence d’anxiété ou de difficultés relationnelles. Lorsque c’est le cas, nous prenons le temps d’échanger afin de définir ce qui conviendrait à la personne. Si je n’ai pas les bons « outils » pour aider la personne, je lui conseille des collègues susceptibles de mieux les accompagner. Si j’estime pouvoir les accompagner avec mes outils alors nous commençons un travail. La question du recul, je ne me la pose pas lorsque je travaille. Je ne suis pas dans l’émotion avec les personnes que j’accueille. Je suis là pour amener un éclairage différent ou pour accueillir ce qui vient chez l’autre, sans jugement d’aucune sorte. J’ai donc les oreilles grandes ouvertes ! Quand je sors du travail, j’apprécie le calme, prendre le temps de faire les choses. Vivre l’instant sans réfléchir ou anticiper.

Est-ce qu’il y a une autre branche du secteur médical que tu aurais aimé exercer ?

Je ne me suis jamais posé cette question-là… Si je devais faire autre chose, je changerais complètement de secteur d’activité pour quelque chose de plus créatif je pense.

Tu travailles beaucoup autour du spectre autistique. Est-ce qu’il s’agit d’une spécialité ?

Oui. En quelques sortes. J’ai beaucoup travaillé auprès d’enfants autiste lorsque je travaillais en institution, c’est vrai. J’accompagnais des tout petits de 3 à 6 ans, afin de comprendre quelles étaient leurs particularités de fonctionnement et comment on pouvait arriver à mieux entrer en relation ou communiquer avec eux. Généralement, ses enfants ne savaient pas encore parler et pouvaient avoir des troubles du comportement. C’était un travail d’équipe très riche, qui demande de beaucoup se réinterroger sur son fonctionnement à soi, sur comment on réfléchit habituellement pour faire différemment, en se mettant à leur rythme, étapes après étapes. Aujourd’hui, je peux accueillir des enfants porteurs de TSA au sein du cabinet. Le travail est un peu différent car ces enfants ont souvent besoin d’un accompagnement pluridisciplinaire, en établissement ou institution, là où les soins sont coordonnés. En libéral, je peux contribuer à cet accompagnement.

De quoi rêves-tu pour la suite ?

Je vais être amenée à changer de bureau prochainement, au mois de mai de l’année prochaine. Je rêve d’un bureau qui me permettrait de recevoir mes patients dans un environnement plus verdoyant ! Ça c’est pour le court terme. A plus long terme, j’ai énormément de projets et d’envie différentes : des projets de groupe, d’ateliers. Des projets de partenariat également. Je rêve donc que tout cela s’organise tranquillement pour la mise en œuvre concrète de tous ces projets !

Mot de la fin

Merci encore à Marylise d’avoir accepté de participer à mon projet.

Si cette interview vous a plu, allez vite découvrir les autres ci-dessous.

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