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La rage au cœur, la rage au ventre, je vais te croquer, la vie.

Un peu de mon histoire par ici .
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La rage au cœur, la rage au ventre, je vais te croquer, la vie.

Autoportraits août 2020, soit vingt ans plus tard...

Oh toi liberté !

Aujourd’hui je veux t’attraper, au vol, te connaître, t’embrasser. Je te connais si peu et il y a, en ce moment, tous ces gens à qui tu manques parce qu’ils te connaissent déjà. Ils en ont de la chance ceux-là.

Tu es venue me rejoindre pendant une journée de puissance infinie ce 9 octobre 2020 mais ces jours-là ne durent pas. Et oui, tu n’as jamais pu exister en moi profondément, comme tu le mérites. La liberté de parler est dure à atteindre. Je t’ai fait naître en photo un petit peu et surtout pour les autres d’ailleurs.

Je suis heureuse. Elles sont bien avec moi, dans ma bulle d’amour, ces femmes. Elles sourient, pleurent de joie et parfois pour des raisons inconnues à leurs yeux, elles ne comprennent pas ce qu’il se passe en elle. Mais leur voie est en train de s’ouvrir. Mes séances, c’est mon moment d’hypnose à moi. C’est oublier qui je suis ou alors être tout à fait moi. Je vacille. Je tangue.

Il y a tous ces gens malheureux d’être confinés, privés de leurs sorties, de leurs liens aux autres, de cette liberté dont ils jouissent souvent sans la savourer car oui, ils sont déjà trop habitués à toi.

Mais aujourd’hui, j’avais envie de te dire que je te cherche depuis si longtemps. Tu es partie ce jour d’août 2000. Tu es partie et j’apprends seulement à vivre ma vraie vie à 33 ans. Alors, je te savoure quand tu arrives même juste une minute. Où mes cris intérieurs disparaissent le temps d’un apaisement si longtemps troublé. Je te promets, liberté, je vais te chercher à bras le corps, j’ai déjà tant traversé pour te trouver. Tu m’en as fait voir. J’ai écouté, j’ai pleuré, ça m’a détruite un peu plus, pour mieux me retrouver. J’apprenais que le pardon était aussi la clé. Pardonner à mon corps, à la vie, aux proches, et à eux, ceux qui commettent les actes irréparables dans les moindres recoins de ton âme, à t’arracher la peau, à te faire hurler de douleur.

Quel est ce mal qui te ronge ? Celui de la honte, de la culpabilité. La muselière bien serrée. La vie ne m’avait pas fait de cadeau. Je serais différente des autres jeunes filles et j’ai bien su, ce jour-là, qu’il faudrait me battre plus que les autres. Dans la douleur, je n’ai pas su me défendre, ni leur cracher à la gueule. Mais c’est mon corps qui m’ infligeait tout ça.

Mon corps qui me sauve et que je malmène pendant vingt ans. Mon corps, t’es un héros. Mon cerveau, t’es un héros. Pardonne-moi Didine de ne pas avoir parlé plus tôt. Chut, ce secret, pourquoi veux-tu en parler ? Pour être comme les autres. Danser le cœur léger, sans haine et sans gêne.

La Didine de 13 ans est venue me rejoindre cet été, il était temps. Nous avons appris à ne devenir qu’une. Et que de bourrasques. Tu t’étais effacée comme on raye de sa vie ce dont on ne veut plus jamais se souvenir. Je t’ai laissé mourir ce jour-là et je n’étais pas seule à te faire sombrer dans les ténèbres. La vie m’avait connectée au divin, au sacré féminin d’une puissance et d’une rage folle. Et je ne l’ai compris que maintenant.

Que tes premières règles seraient un rite de passage énorme et d’une folie furieuse. Pourquoi mon corps n’était-il pas comme les autres ? Tu deviens femme dans la violence extrême au regard des autres. Masse sacrée, tu m’as fait mal à en mettre mon cerveau sur pause.

A garder les secrets trop lourds pour soi… ça te revient dans la face à un moment de ta vie où tu sais que tu es prête à le dépasser. On oublie jamais mais on peut en diminuer les effets néfastes.

Les vieux démons sont tenaces.

Les turbulences de cette mémoire traumatique.

Quand on fait un travail profond de reconstruction, c’est tout revivre à nouveau.

Que ressentiras-tu dans la prochaine heure ? Des mains sur toi que tu ne veux pas. Les doigts en toi - que tu ne veux pas. La texture des étriers, noirs si noirs. Tes cris que tu entends dans le jour, dans la nuit. La tignasse de cheveux que tu arraches. Les phrases assassines qui viennent te hanter.

Et puis en 2015, en séance d’hypnothérapie, j’ai enfin réussi à le sortir… CE MOT. Celui que tu ne veux pas évoquer, tant c’est impossible à croire. Ce jour d’août 2000, on va dire que mon corps ne m’appartenait plus.

Les longues heures d’agonie avant de subir une opération en urgence. La vessie pleine depuis de nombreuses heures sans pouvoir se vider, et six mois de règles qui sont là, bloquées. L’enfer est sur terre et je ne veux plus en faire partie.

En vingt ans, mon histoire je ne l’ai entendue nulle part et j’en suis fatiguée. Mon cas est si rare.

Et j’ai gardé le silence.

Si je devais dire aujourd’hui à la jeune fille de 13 ans ce que je pense d’elle, je lui dirais que je l’aime malgré tout ce que j’ai pu lui dire ou lui faire endurer.

Nous serons encore plus fortes maintenant et on va continuer à l’écrire ce livre. Les chapitres avancent au rythme des mois qui dansent sous les mains délicates de ceux qui nous aident à nous en sortir: Ostéopathes, ma kiné chouchou Myriam, Aline ma thérapeute en chant et à mon hypnothérapeute le Dr THIELE à qui je dois tout depuis ces six dernières années. A mes clientes, qui me font avancer sans le savoir, j’apprends à leurs côtés. A Flavie Flament pour ce qu’elle a fait pour nous toutes, et à La Consolation. A mes meilleures amies, Marina, Marylise, Magalie. A ma marraine Nathalie. A Nicolas pour son soutien sans faille. A mes enfants, pour ce qu’ils sont.

Ces photos du mois d’août ne sont pas les plus agréables de moi mais nécessaires sur le chemin de ma reconstruction. Je me suis accordée cinq minutes pendant nos vacances en famille pour garder une trace du travail intense que je fournis depuis des mois et de mon nettoyage du passé. Le tourbillon de la mémoire traumatique est une réalité. La fatigue du corps, de la perte de poids depuis les derniers mois et l’âme qui ne veut plus s’arrêter de s’élever. Liberté, je suis épuisée si tu savais. J’ai envie que mon corps et ma tête soient comme le vent qui fait voler les cheveux, une caresse légère sur le visage, et je sais que ça arrivera mais que c’est long.

Si je sors du silence aussi, c’est que je veux que plus jamais une petite fille ne vive ça.

Pour que la vie nous soit douce et heureuse.

Amandine

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